Gestion de fréquentation


sommaire :

- Post linkedIn mis en ligne le 7 juillet 2023
Définir des projets de tourisme et de loisirs à l'heure de la gestion de la fréquentation de sites naturels

- Notes prises lors du séminaire du 7 juin 2023 du réseau des Grands Sites de France
Comment gérer durablement la fréquentation dans les territoires patrimoniaux ?

- Notes prises lors des journées partenariales des 7 et 8 mars 2023, organisées par le CRTL Occitanie, à Millau
Les activités de pleine nature, quel futur ? 
S'adapter pour durer !





Définir des projets de tourisme et de loisirs 

à l'heure de la gestion de la fréquentation de sites naturels

post mis en ligne sur la page LinkedIn Murielle Bousquet le 7 juillet 2023

J'avais créé, il y a des années, un bureau d'études dont le nom était DéTour pour velopper le Tourisme en sortant des sentiers battus. Après dix ans d'animation de l'association nationale des sites remarquables du goût puis de SOURCE, je suis redevenue consultante en tourisme et j'ai choisi de baptiser ma nouvelle entreprise TerriTour, en référence aux nécessaires équilibres à rechercher entre projet de Territoire et Tourisme.

  1. Sortir d'une certaine schizophrénie

Aux différentes échelles territoriales, de lourds budgets sont consacrés à la promotion des destinations et de leurs sites historiquement identifiés comme « incontournables » par des guides touristiques et mis en scène dans les réseaux sociaux. L'évaluation des sommes investies, des nuitées et des visites générées est à comparer aux efforts faits et à faire pour atténuer les impacts négatifs de la fréquentation sur les sites naturels mis en vedette.                                                        J'en arrive à poser un diagnostic de schizophrénie.

La crise écologique et sanitaire a fait évoluer des pratiques. Les amoureux de la nature ne sont plus seulement des randonneurs avertis. Vacanciers, excursionnistes et habitants sont à la recherche de beaux paysages mais aussi d'espaces de fraîcheur et de bols d'air. La Region dans laquelle je vis, l'Occitanie, a ajouté « et des loisirs » à l'intitulé de son Comité Régional du Tourisme. Les adjectifs    « durable » et « raisonné » ont été introduits dans les marchés publics relatifs à la réalisation d'études de développement touristique. Des budgets sont recherchés pour la « renaturation » de sites. Des prestataires et opérateurs se mobilisent pour des activités de pleine nature plus respectueuses des milieux, pour favoriser les mobilités douces, pour optimiser les retombées économiques locales et pour aller vers de nouveaux rythmes de découverte. Dans la continuité du mouvement slow food, le concept de slow tourisme émerge.

En parallèle, les médias et les services promotion continuent à célébrer les sites du TOP 10 de la fréquentation. Les plus photogéniques deviennent « instagrammables ». Tout reportage télévisuel sur les « merveilles » des régions de France, voire sur leur sur-fréquentation, génère des pics de nombres de visiteurs sur les sites naturels cités, dans les jours suivant sa diffusion.

    2.     Partir d'un vrai bilan écologique, économique et humain

Ces évolutions appellent des changements méthodologiques profonds quant à la définition des objectifs supports de stratégies. Collaborant actuellement avec les équipes de Soberco environnement et d'Urbicand dans l'étude de la gestion de la fréquentation des sites naturels des PETR du Pays de la Déodatie et du Pays de Remiremont et de ses vallées (Vosges), j'en arrive à modifier mon approche du diagnostic territorial. Il est temps de revisiter la simple confrontation entre la demande et l'offre.

L'introduction d'une analyse des fragilités environnementales, de l'impact du dérèglement climatique et des risques (feux, chutes d'arbres…) associés aux espaces attractifs oblige à s'intéresser aux conséquences que peuvent avoir, à certains moments (en périodes de nidification, de grande sècheresse, de pluie…), piétinement, baignade, activités sportives… ou tout simplement présence humaine.

L'approche économique amène à regarder les retombées générées mais aussi les dépenses de restauration de sites induites par nuitée ou visite. La recherche de fréquentation intègre alors le coût en promotion de chaque nouveau consommateur mais aussi le solde entre recettes et dépenses générées.

La qualité de vie des habitant.e.s et leurs attentes en termes d'accueil de touristes et d'excursionnistes deviennent centrales et appellent de nouvelles pratiques de co-consruction.

La question quantitative est posée. Elle amène une réflexion qui dépasse les notions de saisons touristiques définies à partir des dates de vacances scolaires françaises. Pourquoi continuer de penser que recevoir le plus grand nombre de visiteurs est l'objectif ? La recherche d'équilibres entre les saisons et les moments de la journée est centrale. Pourquoi faire des investissements calibrés sur les pics de fréquentation ?

J'ai rencontré à plusieurs reprises, dans mes missions, des professionnel.le.s qui adaptent leurs budgets promotion à leur fréquentation attendue et d'autres qui aimeraient que les décideurs de leur territoire changent d'approche. Un gestionnaire de complexe touristique de Cerdanya m'expliquait sa façon d'élaborer ses budgets prévisionnels : prévoir un an à l'avance le calendrier de remplissage attendu de ses hébergements en faisant des projections s'appuyant sur les expériences passées. « A telle période, les barcelonais ont l'habitude de venir à la montagne et je sais que mon établissement sera rempli, donc je ne prévois aucune promotion. A telle autre, j'ai enregistré un faible taux de remplissage l'an dernier et je vais chercher à séduire des familles belges en lançant une opération en partenariat avec des prestataires d'activité… ». J'ai aussi le souvenir de cette propriétaire d'un chalet au bord d'un lac disant sa préférence pour une saison hivernale marquée par une route d'accès fermée, sa clientèle ayant fait l'effort de venir en raquettes et appréciant vraiment la pause déjeuner. « L'été nous passons notre temps à refuser des clients, le parking est bondé et les poubelles sont pleines. L'hiver notre marge est supérieure et notre qualité de vie est bien meilleure ».

  3. Constater puis se projeter et redistribuer

La question semble être plus globale que le simple sujet de la surfréquentation de quelques sites sur quelques journées. Il s'agit de s'appuyer sur les chiffres passés de fréquentation, analysés par période cohérente, et sur les diagnostics multi-facettes pour aller vers des scénarios soutenables. L'enjeu est de calibrer les fréquentations attendues à court et à moyen terme pour définir des moyens en cohérence. Préserver la biodiversité des territoires, proposer des expériences moins carbonées et plus qualitatives, optimiser les retombées économiques locales pourraient remplacer l'objectif unique d'attirer davantage de touristes ou de visiteurs que le territoire voisin.

C'est le concept même de communication touristique qui est à revoir, parce que les territoires et les sites ne sont pas fréquentés uniquement par des touristes et des excursionnistes mais aussi par des habitants, parce qu'il s'agit maintenant peut-être plus d'informer, d'orienter, de sensibiliser que de promouvoir.

Des idées sont nées de la mobilisation des équipes des Offices de Tourisme et de prestataires dans les deux PETR des Vosges, dont celle d'émettre des bulletins de santé environnementale et de niveau de fréquentation prévisionnelle, en s'inspirant à la fois des bulletins d'enneigement des stations et des opérations Bison Fûté. Elles vont devoir trouver leurs places dans les stratégies nationale, régionale, départementale et du massif.


° Comment gérer durablement la fréquentation dans les territoires patrimoniaux était le thème du séminaire organisé par le réseau des Grands Sites de France au ministère de l'économie et des finances, le 7 juin 2023

Notes personnelles

° Madame Saillant (ANCT) a fait référence aux 62 territoires lauréats d'Avenir Montagnes, au nécessaire équilibre à trouver entre développement touristique, qualité de vie des habitants et protection de l'environnement.
° Sébastien Jacquot (IREST Paris I Panthéon Sorbonne) a présenté le tourisme comme l'art de l'attention. Il a insisté sur la nécessité pour le tourisme de retisser des liens avec le vivant et avec l'humain. Il a noté que c'est la superposition des flux de provenances différentes au même moment qui amène à parler de sur-tourisme et à rechercher régulation, adaptation, atténuation... Il a fait remarquer que dans le cas des Calanques, du fait de la proximité de la ville de Marseille, la fréquentation est pour 70 % le fait de locaux (20 % de touristes français et 10 % d'étrangers).

"Ce n'est pas tant une crise du tourisme que des systèmes territoriaux fortement marqués dont il faut redéfinir les modes de régulation"

° La directrice du réseau GSF, Soline Archambault, a abordé la question des quotas. "Ce n'est pas applicable partout. Pour envisager la mise en place de quotas, il faut que la géographie le permette. C'est possible pour un site au bout d'une route, pour une île accessible uniquement par bateau, par exemples.

° Les intervenants des GSF du cirque de Navacelles et du massif du Canigo ont dit la nécessité d'un projet stratégique à l'échelle du territoire, au-delà d'une gestion de la fréquentation de son site attractif et emblématique.

Pour le cirque de Navacelles, la nécessaire géométrie variable est liée à l'aménagement de plusieurs sites : les belvédères de Blandas et de La Baume Auriol et le hameau de Navacelles. Cette situation a amené une prise de conscience du fait que "le stationnement prend de la place sur le paysage". 

 Sur le massif du Canigo, on distingue le massif en lui-même, le GSF qui concerne 50 communes, et la destination touristique qui en compte 80.

° La nécessité de conjuguer les outils (comptages, flux vision...) pour mieux observer la fréquentation a été mise en avant. La mise à disposition de nouvelles données enrichit la réflexion (cf par exemple, la cartographie de l'empreinte énergétique des territoires). Le mode prédictif de l'observation de la fréquentation évolue rapidement avec des algorithmes qui intègrent les données des années passées et les prévisions météo et pour prévenir ("vous allez être saturé le week-end prochain, par exemple). Pour les activités de pleine nature (APN), outdoor vision donne la répartition spatio-temporelle des flux. L'analyse des données est ensuite essentielle.

Dans le GSF de Concors-Sainte-Victoire, l'observation a débuté en 1972, avec une association d'excursionnistes ayant commencé à identifier les portes du site et ayant compté 3 000 personnes sur une journée. En 1995, des étudiants ont réalisé une étude et 5 000 questionnaires ont été analysés (725 000 visiteurs estimés). En 2 000, trois écocompteurs ont été installés sur 3 sentiers (il y en a aujourd'hui 39). En 2010, un Observatoire de la fréquentation a été mis en place et depuis les profils d'usagers sont affinés. Les taux moyen d'occupation par véhicule sont regardés à chaque entrée. (927 000 visiteurs estimés en 2010 et en 2022, 1 550 000). 70 % de la fréquentation concerne 1 300 hectares, zones qui offrent les plus belles vues paysagères. Cette fréquentation correspond à 23 % de touristes et 80 % de locaux.

Pour le GSF Estuaire de la Charente - Arsenal de Rochefort, le facteur humain est essentiel. La sensibilisation à l'environnement est favorisée, avec des kiosques et du personnel d'accueil. Des expérimentations ont, par exemple, amené à programmer une journée sans voiture à l'ile Madame (durant la semaine de la mobilité, en septembre). L'accès se fait à pied, à vélo, en voiture, en camping car (6 heures / jour). Depuis 2010, 1/3 de l'île n'est plus accessibles aux voitures. (200 habitants à l'année). Pour l'Ile d'Aix, 20 jours à 4 000 visiteurs ont été dénombrés (20 entreprises de croisières gérant l'accès en bateau).

Il a été remarqué des pics de fréquentation dans la semaine suivant les émissions TV type "Des racines et des ailes", avec reconduction du phénomène à chaque rediffusion. 

Sur le GSF Cap Blanc Nez - Cap Gris Nez (1,4 à 1,6 million de visiteurs dont 50 % d'étrangers et 30 % d'excursionnistes), les sollicitations (tournages, reportages...) sont refusées. 

Pour la dune du Pilat, après l'impact du film Camping (5 millions de spectateurs), il a été décidé de ne plus autoriser les tournages de clips et fictions qui utilisent le site comme un décor sans être au service des valeurs du site ou/et de sa préservation.

La nécessaire articulation entre gestion de la fréquentation et promotion a été soulignée.

° Le site du Parapluie du GSF Vallée de l'Hérault fait l'objet d'une restauration et son accès vient d'être interdit par arrêté municipal. Il abrite des plantes et insectes qui en font un espace naturel remarquable. Cependant dès 2016 son état écologique était décrit comme dégradé, du fait du piétinement. Au risque de destruction de l'habitat naturel remarquable est venu s'ajouter un risque d'effondrement, suite à l'explosion de sa fréquentation. Cette décision a été assortie d'aménagements le long de la RD4, afin d'empêcher le stationnement sauvage. Une charte de bonnes pratiques a été signées par 10 professionnels des eaux vives : ils ont aménagé leurs parcours et une jauge à 600 personnes par jour sur l'eau a été fixée (les pics de fréquentation des années passées étant à 500 personnes). Les collectivités ont mis en place des maraudes de sensibilisation. L'amende encourue peut aller jusqu'à 1 500 €. L'accent a été mis sur la nécessité de mener en parallèle des actions de sensibilisation, communication, blocage physique et législation. Le site a fait l'objet d'un déréférencement par l'Office de Tourisme de la Vallée de l'Hérault. Des emails ont été envoyés aux professionnels pour leur demander d'enlever l'image de leur site internet et les textes évoquant la cascade du parapluie. On peut parler de dé-communication.

° L'exemple d'Escapade nature sans voiture, présenté par l'Hérault et l'Aude, vise à sortir du coeur de site. Il prend la forme d'un carnet de voyage, présenté par des escapadeurs. Un voyagiste l'a déjà programmé hors saison. "On verra le coeur de site mais on verra autre chose".

° Pour la dune du Pilat, à 3/4 heure de Bordeaux la réflexion porte sur des codes couleur et sur une stratégie des petits pas. Avec 2 millions de visiteurs, les pics sont sur quelques week-ends d'avant saison et sur quelques semaines estivales. La régulation se fait par l'offre de stationnement.          Une application renvoie sur les conditions d'accueil en temps réel avec trois couleurs : vert, orange, rouge (sur le site internet, sur la route en venant de Bordeaux, dans les Offices de Tourisme du territoire, "on vous encourage à reporter votre visite"). De même, la promotion invite les visiteurs à privilégier les fins d'après-midi, soirées et levers de soleil. " On ne cherche plus à augmenter la fréquentation mais à étaler la fréquentation". "On passe d'un site - monument à voir à un site -monument à vivre".



Les journées partenariales des 7 et 8 mars 2023, organisées par le CRTL Occitanie à Millau, ont abordé des questions d'adaptation aux enjeux environnementaux et aux attentes des nouvelles clientèles : 

Les activités de pleine nature, quel futur ? 

S'adapter pour durer !



Notes personnelles

° En Occitanie, les APN se pratiquent d'avril à juin (19 %), en juillet et août (41 %), de septembre à novembre (13 %) et de décembre à mars (27 %)

° Canyoning et ski sont deux activités liées à la ressource en eau/neige pour lesquelles on noterait un décalage entre professionnels prêts à s'adapter et clientèles qui le sont moins

"On va aller sur le littoral ; on viendra en montagne quand il y aura de la neige".

La priorité est-elle de communiquer sur les offres alternatives ? ou de revoir complètement la production ?

° Avec un scénario de réchauffement de +4°C, à Toulouse, on à 44 jours de moins pour faire du sport (courir au-delà de 32° C est déconseillé pour la santé, par exemple), 131/576 clubs de voile menacés en Occitanie et plus une seule station dans les Pyrénées permettant de skier sur neige naturelle - étude WWF et ministère des sports de juin 2021 -

° L'étude sur les conséquences de la crise COVID sur les comportements des consommateurs de loisirs en hiver (2503 à 31032022 - 3 000 réponses) donne pour aujourd'hui 26 % de réponse "oui tout à fait" et 48 % de "oui plutôt" (33 et 46 % pour dans 5 ans et 36 et 44 % pour dans 10 ans) à la question : Est-ce que le critère environnemental est/sera important pour le choix de votre destination de vacances ?

et qu' entendez -vous par "critère environnemental" ? à 66 % une destination qui protège et fait de la prévention pour ses espaces naturels, sa biodiversité à 63 % une destination qui s'engage sur les valeurs et le respect de l'environnement à 58 % une destination qui mène des actions concrètes en matière de gestion des déchets, gestion de l'eau, transport à 13 % une destination labellisée

° "Il est nécessaire de passer d'une notion de site de sport de nature à celle de site naturel dans lequel on pratique une activité" ; "On fait évoluer nos offres, trop impactantes pour l'environnement" ; "Si on amorce la transition, on va influencer les autres" ; "J'anticipe mes activités avec le climat de demain" ; "Inviter à s'émerveiller en montagne mais en faisant prendre conscience que ce n'est pas comme une balade dans son quartier".


Les articles collectés dans le cadre de la veille TerriTour débutée en juillet 2022, avec l'étude sur la gestion de la fréquentation des sites naturels des PETR des Pays de Remiremont et de ses vallées et de La Déodatie (Vosges), sont partagés ci-dessous